L’engagement dans la Légion Etrangère et la première guerre mondiale

 

Mémoire du Caporal Hagop Arevian

(Mémoires d’un Légionnaire Arménien, manuscrit non publié)

 

Motivation de l’engagement dans la Légion Etrangère

A la déclaration de la guerre de 1914 je me trouvais en Egypte. La Turquie était encore indécise, mais penchait déjà du coté des Allemands. En 1915, la Turquie déclare la guerre aux alliés et aux vues des Allemands, commence l’exode des Arméniens, arrachés de leur villes et villages, déportés et exterminés systématiquement. Plus d’hésitations pour moi, il faut venger mes compatriotes. Nous sommes deux frères. Mon frère aîné est marié et ma mère vit avec moi. Je vais trouver mon frère Avedis et lui demande de prendre ma mère en charge et moi je m’engage dans la Légion Etrangère.

 

De culture Française, j’aime la France.

Les Turcs sont du coté opposé.

Ma mère est contre ma décision de partir me battre. ‘Ton père est mort pour la cause arménienne, je ne veux pas te perdre aussi.’ Me dit-elle.

Je lui réponds que justement j’irai venger mon père et ma patrie.

Rien ne peut me retenir.

 

Instruction dans Légion Etrangère

Je parts pour la Légion. Marseille d’abord, la caserne St Jean et puis Oran et je finis à Saida au deuxième bataillon étranger pour faire mon instruction militaire.

Je suis affecté à la 26ième compagnie dans laquelle la plupart des instructeurs sont Allemands. Mon instruction terminée, il n’y a pas de départ pour le front Français. On demande des volontaires pour faire le peloton des élèves caporaux. Je m’y inscris en attendant. Je termine le peloton avec des très bonnes notes et je suis nommé première classe. J’irai chercher mon second galon au front.

[…]

 Le jour même je fais la demande de servir sur le sol français, mais je suis obligé de prendre le chemin du désert pour Aflou. Huit jours après mon arrivé à Aflou, la réponse du colonel arrive, je me rappel encore ce qui y était écrit

 ‘ l’honneur d’aller vous battre sur le sol français vous est accordé’.

 

Combat dans la Somme

[…] J’arrive au premier régiment de marche le 20 janvier 1916.

Le régiment est au repos.

 

Ce n’est que le 4 juillet 1916 que je participe à la bataille de la Somme devant Billoi en Santerre. Cela a été très dur et très impressionnant pour moi.

 

[…] Un beau jour nous sommes en première ligne. Un bombardement formidable commence. De notre coté on aurait cru la fin du monde. Des dizaines de cas de folie sont signalés dans nos lignes. Qu’est ce que cela doit être du coté allemand.

 

[…] Entre temps, en permission de 10 jours à Paris, j’ai eu l’honneur de rencontrer Son Excellence Pacha Noubar, président du commite national arménien et les représentants des partis politiques arméniens. Ils devaient partir en Amérique pour faire la propagande et recruter des volontaires arméniens pour la Légion d’Orient, qui plus tard est devenue la Légion Arménienne. Son Excellence a voulu faire des démarches auprès du ministre de la guerre pour me garder auprès de lui mais j’ai refuse en expliquant que la place d’un jeune homme de 22 ans n’était pas dans un bureau. Bref, je remonte au front et quelques jours après nous voila de nouveau en ligne. C’est l’hiver 1916 – 1917, le plus froid des années de guerre. Le vin gelait dans nos bidons, ainsi que la boule de pain qu’il fallait casser à la hache pour en faire la distribution, car chaque boule de pain était a partager entre deux soldats.

 

Gravement blessé

Le 18 avril 1917, à l’aube, nous attaquons. La veille j’avais fait une reconnaissance avec mon capitaine. […]

 

Il fait un temps de chien. Nous avons les mains gelées. Nous attaquons à l’arme blanche. Nous sommes  à l'extrême droite du dispositif. Nous avons traverse les trois lignes de tranches ennemies.

Le colonel Darieze, commandant le régiment, est tué à coté de nous […] Pour donner une idée de la bataille du 18 avril 1917, dans la matinée uniquement 120,000 hommes ont été mis hors de combats. Apres la bataille, le général Nivelle qui commandait la bataille a été envoyé en Afrique en disgrâce.

Quant à moi j’ai ramasse à la toute dernière heure une balle à la tête. Une hémorragie du nez et de la bouche faisait dégouliner le sang de partout. Mes homme m’ont fait un pansement à la tête et sur un brancard je suis transporté au poste de secours souterrain derrière les lignes. Le toubib est venu me voir et il m’a collé une étiquette sur le bouton de ma vareuse ‘coup de feu par balle au crâne ‘ et m’a laissé sur place. Au bout d’un moment je m’impatientais et je l’ai appelé pour lui demander ce qu’il attendait pour me faire un pansement correct. Il m’a répondu ‘mon enfant, j’essaye de sauver ceux qui ont une chance de s’en sortir’.

Cette réponse me fait l’effet d’un coup de fouet. J’étais condamné !

[…] Un ambulancier a profité de l’absence du médecin pour me prendre sur le garde boue sur le capot de l’ambulance. Il m’a emmené jusqu'à la gare. Moi j’avais perdu connaissance. Il parait qu’ils ont du me décoller de la voiture en cassant la glace autour de mon corps gelé. Lorsque j’ai ouvert les yeux, j’ai trouvé des femmes de la Croix-Rouge qui me faisait des massages pour me faire revenir à moi. Mon hémorragie avait été stoppée par le froid. J’ai été mis dans un train de blessés jusqu'à la gare de Vitry-le-Francois.

 

[…] Le médecin a regardé ma blessure et a jeté un œil sur l’étiquette attachée à ma vareuse et a ordonné qu’on me rase la tête. […]Lorsque j’ai ouvert les yeux je me trouvais dans un lit propre et une dame me tenait le pouls ‘vous étés sauvé, mon enfant’ me dit-elle. Effectivement 15 jours plus tard j’étais debout et la bonne dame s’est occupée de moi comme l’aurait fait une maman. C’était la Baronne de Baye. […]

Enfin j’ai quitte l’hôpital le 20 mai avec mon pansement pour une convalescence de 20 jours.

 

Départ vers Chypre pour intégrer la Légion d’Orient

[…] Le 6 juin le capitaine m’appelle et me dit de faire mon paquetage et partir pour Marseille pour aller prendre le bateau Calédonien des messageries maritimes pour aller à Port-Saïd. De là, le commandant de la Place devait me mettre en route sur Chypres. Il m’explique que je suis détache de la Légion Etrangère comme instructeur militaire a la Légion d’Orient. ‘Vous n’avez pas de temps à perdre’ me dit-il, ‘il faut partir dans les deux heures car le bateau quitte Marseille le 11 juin au matin’. Et il ajoute ‘je connais vos sentiments, vous serez beaucoup plus utiles là-bas’.

 

[…] le 11 comme prévu je prends le bateau. J’arbore ma Croix de Guerre que j’avais décrochée à la dernière bataille de Champagne.

[…] Nous voilà au large. Tout va bien, la mer est calme mais notre bateau zigzague toujours. Il y avait des tonneaux attachés aux mats du bateau et deux observateurs montaient la garde nuit et jour. En plus de cela le bateau reste en contact avec la radio. Nous passons par le détroit de Messine, plus tard nous allons en Grèce. Plus exactement à’île de Milos. Nous passons une journée au large de l’île. […]

Apres Malte nous allons à Bizerte ou nous sommes poursuivis par un sous-marin. Nous avertissons la base de Bizerte qui fit sortir deux sous-marins et un torpilleur pour notre protection. Hélas, un de nos sous-marins ne rentre pas. Pendant que nous sommes en rade à Bizerte nous rendons les honneurs à l’équipage disparu. Nous voilà repartis pour Port-Saïd. Le 30 Juin au matin le capitaine du navire nous rassemblent et nous dit de nous préparer car dans 4 heures nous arrivons à Port-Saïd[…]

En temps normal notre traversée aurait du durer 5 jours, notre traversee en à pris 19.

 

Naufrage en mer

A peine nous étions nous dispersés que nous sommes attaques par un sous-marins. La torpille touche à une dizaine de mètres de l’avant du bateau. Le Calédonien pique du nez.

D’après les ordres nous ne devions quitter le bateau que sur les ordres du capitaine. On peut être touche et pouvoir renflouer. Nous attendons quelques 5 minutes pour l’enquête de l’officier mécanicien. Il y déjà des centaines de personnes dans l’eau. Beaucoup, pris de panique, se sont jetés sans leur ceinture. Pourtant les ordres étaient formels. […] Enfin le capitaine ordonne de quitter le bateau. Les hommes qui sont déjà dans l’eau nous supplient de leur lancer leur radeau. Il faut maintenant travailler pour eux aussi. Ceux qui sont restés à leur poste s’attellent à la tache. Nous faisons tomber leur radeau tout en reculant à l’arrière du bateau car le bateau pique du nez. […] A la fin je vois que le bateau est à 45 degrés. D’un moment à l’autre il va glisser. Je coupe le dernier radeau et je veux faire descendre mes hommes et moi. […]

 

[…]Et voila que la mer s’ouvre pour faire place a ce gros cargo, les deux vagues se referment sur la coque du bateau. Une explosion a eu lieu lorsque les chaudières explosent au contact de l’eau. Des têtes, des jambes sautent en l’air projetées par l’explosion et puis le tourbillon a lieu. En s’enfonçant le bateau amène de l’air avec lui et le tourbillon aspire tout ce qu’il y tout autour. Quelques minutes après la mer ce clame. Je regarde ma montre qui marque 7.35 du matin. […] Le bateau avait mis exactement 25 minutes pour couler mais il avait eu le temps de lancer un SOS. Nous espérions avoir du secours. Heureusement que l’eau était tiède et tantôt d’une main, tantôt de l’autre nous sommes agrippés au radeau et les heures passent et rien n’arrivent à la surface.

Vers 13.00 deux contre-torpilleurs japonais arrivent nous repêcher. […]

[…] Le lendemain tout rentre en ordre. Bilan 77 morts et noyés et une centaine de blesses. Je demande une permission de 10 jours pour aller voir ma famille. […]

Ma permission expirée, je retourne à Port-Saïd. La légion d’Orient faisait leur instruction à Chypres. Le commandant de la Place me met en route pour l’île et je suis reçu par le colonel Romieu.

 

 

 

 
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