La Légion Arménienne

 

Mémoire du Caporal Hagop Arevian (extrait de Mémoire d’un Légionnaire arménien - non-pubiee)

 

Création de la Légion Arménienne

La Légion Arménienne a été créée avec le consentement de la nation arménienne en 1916. Les parties politiques et nos églises avaient créé le Comité de l’Union National Arménienne sous la présidence de feu Son Excellence Boghos Pacha Noubar.

 

Les volontaires qui se sont enrôlés dans la Légion Arménienne ne s’était même pas donne la peine de lire les clauses de leur contrat d’engagement. Une seule chose intéressait ces braves gars – aller venger leurs nationaux massacrés par les Turcs. Avant la guerre de 1914 il y avait 2 millions d’Arméniens en Turquie. A l’Armistice les survivants des massacres et des déportations ne dépassaient pas 300,000. Il n’y avait pas un seul Arménien hors de son pays dont la famille n’ait été touchée par la barbarie des Turcs qui avait était aidé par les Allemands, à l’époque les grands maîtres de la Turquie.

La Légion Arménienne au plus fort de son effectif n’a pas dépassé le chiffre de 5,000 hommes, à la démobilisation au mois de novembre 1920 nous n’étions plus que 2,000, les autres étaient morts, blessés, réformés sans pension ou disparus.

 

Les statuts de la Légion Arménienne n’étaient pas ceux de l’Armée Française, seule clause favorable aux Arméniens stipulait que cette légion ne pouvait être utilisée que sur front turc.

 

A la longue les légionnaires arméniens volontaires se sont rendus compte qu’ils n’étaient pas a égalité avec leur camarade français. Ils ont créé d’ailleurs une chanson qui reprochait au Comite National Arménien de les avoir vendus. Les gradés arméniens touchaient une paye très inférieure a celle des gradés français. Une fois qu’ils avaient payé leur popote ils n’avaient plus un sous pour s’acheter des cigarettes.

Ils étaient des soldats et des gardés ‘auxiliaires’ ce qui signifiait qu’un officier arménien n’avait pas le droit de punir un simple soldat français. Il pouvait faire un rapport mais c’était l’officier français qui jugeait en dernier ressort.

Mon statut comme celui des frères Portokalian, de Sahatjian (et de beaucoup d’autres) étaient différents de ceux des arméniens volontaires, car nous venions de la Légion Etrangère ou des régiments français. Nous avions exactement les mêmes droits et devoirs que les Français, à un jour d’ancienneté nous avions commandement sut l’autre.

 

Instruction de la Légion Arménienne à Chypre

Cette Légion Arménienne a fait son instruction militaire à Chypre, plus exactement à Mornarga. Je fus affecté comme instructeur militaire au mois de juin 1917, sortant d’hôpital (car j’avais été blesse) j’ai reçu l’ordre de rejoindre la Légion arménienne. J’étais breveté signaleur, grenadier et fusil mitrailleur. Apres 19 jours de voyage en mer de Marseille àPort-Saïd, finalement mon bateau a été coulé. Après environs 8 heures d’attente dans l’eau des torpilleurs japonais nous ont sauvés et emmenés à Port-Saïd, sur le bateau nous étions plusieurs dizaines d’officiers destinés à la Légion arménienne comme cadres. C’est là que j’ai connu Vahan Potoukalian. Il m’avait devançait de quelques semaines venant des troupes coloniales et plus tard son frère Léon et les frères Sahatdjian. Que mes camarades m’excusent de ne pas citer leurs noms ! Ca fait 43 ans et ma mémoire me fait défaut. Vahan et moi sommes toujours restés en correspondances, il s’était créé entre nous une fraternité d’armes indissoluble, encore à la dernière guerre de 1940 nous nous sommes retrouvés et chaque fois que l’un avait besoin de l’autre, nous nous sommes aidés fraternellement.

 

La Légion Arménienne a été encadrée et armée par le gouvernement français, leur instruction militaire a été faite à Chypre. Quelques dizaines d’Arméniens servant dans les régiments de la métropole ainsi que dans la Légion Etrangère ont été détachés à la Légion Arménienne comme instructeur militaire. A la Légion Arménienne j’étais affecte à la cinquième compagnie du deuxième bataillon, a majorité de volontaires venant d’Amérique. C’étaient des excellents éléments.

 

Au début de 1918 nous avions deux bataillons fins prêts. Il nous était difficile de les tenir en place tant ils leur tardaient d’aller se battre contre l’ennemi héréditaire.

Une fois l’ordre de départ arrivé, nous nous mettons en route pour le front de Palestine, seul front commandé par le général anglais Allenby.

On nous confie un secteur oú nous allions incessamment attaquer. Lorsque nous allons annoncer la bonne nouvelle à nos hommes, ça a été un délire, on aurait dit qu’ils partaient à la noce. Le signal d’attaque a été donné par une fusée verte en forme de poire, bien entendu après une préparation d’artillerie.

A cette époque il n’y avait pas encore l’armée du Levant, c’était un détachement composé de la Légion Arménienne et d’un régiment de Tirailleur Algérien et deux batteries, une de 75 et une de 65 sous les ordres du colonel de Pupape. La Légion Arménienne était commandée par le lieutenant colonel Romieu.

 

Le baptême de feu à Arara

Le signal d’attaquer a été donné à l’aube du 19 septembre 1918. Nous avons attaqué à l’arme blanche, vingt minutes après nous avions enlevé les positions ennemies. Mais la chance ne sourit pas a tous. Ceux qui étaient tombés criaient à leurs camarades ‘vengez-moi aussi, car je n’ai pas pris encore ma vengeance, Hagop, Avo, Kalouste, vengez-moi aussi’. Vingt minutes après nous étions montés sur les positions ennemies. En face de nous, nous avions la division ‘éclair’ (‘yelderim allayet’ en turque). Ils étaient dignes de leur nom car ils ont fuit très rapidement devant la Légion Arménienne. Par une coïncidence bizarre la montagne enlevée par la Légion Arménienne avait le nom de Mont Arara, ce qui n'a rien à voir avec le Mont Ararat d’Arménie. La Légion Arménienne a pris son baptême de feu juste la veille de l’Armistice et malheureusement ceci est la seule bataille connue par la nation Arménienne. Le lendemain nous sommes retournés pour enterrer nos morts. Le général Allenby a envoyé un télégramme de félicitation au Comite National Arménien. Le colonel Romieu et le chef de bataillon Ozan ont prononcé des discours sur les tombes et ils ont été très élogieux et nous ont dit qu’ils étaient fiers de nous.

Cette bataille a été la débâcle de l’armée turque car c’était une attaque générale sur toute la ligne du front jusqu’à la mer. La cavalerie est rentrée en jeu pour poursuivre l’ennemi et faire des prisonniers par milliers.

Pendant la cérémonie d’enterrement la Légion a rendu les honneurs à ses camarades, le drapeau tricolore Arménien a servi de linceul à nos héros tombé face à l’ennemi. La messe de requiem a été célébrée par Vaghachag Vertabed (Aumônier de la Légion Arménienne). Après la guerre les restes de nos héros ont été enlevés et emmenés à Jérusalem, au cimetière St Jacques, ou un monument a été érigé a leur mémoire et sur lequel la grenade de la Légion est représentée entre deux lauriers. Ce monument est sous la protection du Patriarche Arménien de Jérusalem à qui nous avons remis l’enseigne en or de la Légion et à qui nous avons demande de se rappeler de nos soldats et de les bénir à chaque date anniversaire.

 

Cilicie, terre promise

Après la bataille d’Arara du 19 septembre 1918, la Légion Arménienne a pris le chemin de la Syrie et du Liban que nous avons libérés du joug turc et plus tard on nous a embarqué sur des bateaux pour débarquer en Cilicie. Les Turcs avaient signé l’Armistice au mois d’août 1918 sur l’île de Moudros et selon ses clauses, nous avions le droit d’occuper toute la Cilicie.

Un détachement a débarqué à Alexandrette avec un bataillon de la Légion Arménienne et le Régiment de Tirailleur Algériens et le reste de la Légion Arménienne sous les ordres du colonel Romieu a débarqué à Mersine. Entre temps les Allemands également s’étaient rendus et des troupes fraîches étaient venues nous remplacer en Syrie et Liban.

Apres quelques mois de répit, le mouvement de Moustafa Kemal a commencé à Sivas (en Anatolie). Malheureusement la Légion n’avait pas l’effectif nécessaire pour aller étouffer le mouvement dans l’oeuf et cela a pris des proportions alarmantes et ni l’armée Française du Levant, ni la Légion Arménienne avaient l’effectif nécessaire pour écraser la révolte.
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